
Les festivités des 25 ans de l'association spéléologique pour l'étude et la
protection des anciennes mines (ASEPAM) ont
commencé samedi matin au foyer du théâtre municipal de Sainte-Marie-aux-Mines
par une conférence de Pierre Fluck, qui a retracé l'histoire de l'association
née en juillet 1981.
En introduction, il précisa qu'elle était au grand
tournant de l'histoire des mines sainte-mariennes, à la charnière des années
70/80, où il y eut une prise de conscience de la fragilité du milieu souterrain,
qui est un fantastique laboratoire d'archéologie. Il rendit ensuite un rapide
hommage à Françoise Lehmann.
L'association devint rapidement un centre
de recherche de haut niveau, plusieurs équipes universitaires s'appuyant sur les
travaux de l'ASEPAM pour leurs recherches.
C'est ainsi que naquit ce qui est désormais connu sous le nom d'école
sainte-marienne, qui consiste en un constant va-et-vient entre les archives et
le terrain.
Dès les premières années de son existence, l'association
eut de nombreuses activités. En 1986, elle acheta la maison de la rue
Weisgerber, où elle est encore actuellement, et qui abrite depuis cette date le
siège de la fédération du patrimoine minier, fondée cette même
année.
Cette époque marque également l'orientation vers le tourisme
culturel. Deux ans plus tard, la mine Saint-Louis recevait ses premiers
visiteurs. Mais l'ASEPAM n'a jamais visé le
tourisme de masse car, selon Pierre Fluck, « la mine Saint-Louis, ça se
mérite ». Il explique cette boutade par la marche d'approche nécessaire
avant la visite. Malgré tout, la mine a accueilli environ 130 000 visiteurs
depuis ses débuts.
De cette période, on retiendra également les
importantes opérations de fouilles archéologiques dans le vallon de Fertrupt et
dans le Val de Villé, à Lalaye plus précisément (fouille du puits Mathis,
ensemble exceptionnel qui comporte encore en place tout son boisage et ses
pompes).
Après quelques années un peu plus difficiles, un renouveau
s'annonce, avec notamment la reprise de grands chantiers de fouilles, orientés
vers la période moyenne-âgeuse. Cette année a également été marquée par la
découverte, à Fertrupt, d'une très belle collection de carreaux de poêles, qui
est sans conteste la plus belle jamais découverte sur un site sainte-marien.
En attendant l'ouverture
du parc Tellure
Après cette conférence, l'exposition de la grande salle du théâtre fut
officiellement inaugurée. Le président Jean-François Bouvier souligna que l'an
prochain risque d'apporter des changements, avec l'arrivée sur le marché de
Tellure. Il souhaite que ce parc fonctionne bien, mais regrette que le comité
scientifique (dont font partie plusieurs membres de l'ASEPAM) n'ait pas été plus
consulté.
Jean-Luc Fréchard, président de la communauté de communes du
Val d'Argent, rendit d'abord hommage à François Lehmann et Alfred Fischer,
« qui ont su faire partager l'attrait du monde souterrain ». Quant à
Tellure, il s'agit d'une exposition-spectacle, qui montrera les différents
métiers de la mine pour continuer sur la visite du monde souterrain. Et,
précisa-t-il, « il s'agit de financements publics et si l'on interfère, il
y aura des coûts supplémentaires ». Dernier intervenant, le conseiller
général Christian Chaton résuma : « c'est une belle aventure, menée
par une belle équipe ». Il regretta aussi que les modalités du mariage
ASEPAM/Tellure soient floues et que le comité
scientifique ne se soit pas réuni plus souvent.
1000 ans d'histoire
des mines avec Patrick Clerc
L'après-midi, une autre conférence, donnée par Patrick Clerc, retraça
1000 ans d'histoire des mines. « Sainte-Marie-aux-Mines est un site
exceptionnel, c'est un terrain d'expérimentation de plus de 1000 ans d'évolution
des techniques minières », dit-il en introduction. Car
Sainte-Marie-aux-Mines présente une grande concentration de gisements miniers,
répartis sur trois grands secteurs : le versant lorrain, l'Altenberg et le
Neuenberg.
Les premières traces d'exploitation révélées par
l'archéologie remontent aux environs de l'an 950 et la dernière mine a fermé en
1940. Il présenta ensuite cette longue tranche
d'histoire.
L'archéologie a beaucoup étudié la seconde moitié de la
période, et surtout le 16e siècle. Mais, même sur ces périodes, il reste
beaucoup de travail à accomplir. Par contre, les scientifiques ne connaissent
pas bien le Moyen-Age. Les sondage effectués dernièrement ont révélé un grand
nombre de travaux médiévaux, dont de nombreux puits sur les affleurements du
filon (pingen). Mais il y a également des galeries d'une typologie différentes
de celle de la Renaissance, et même plusieurs formes de galeries, sans qu'on
puisse les dater avec précision.
Il en va tout autrement de la période
Renaissance, où les archives sont abondantes, tant en textes qu'en iconographie.
Des fouilles ont également eu lieu, qui ont permis de comprendre les techniques
d'exploitations, même s'il reste encore des zones d'ombre.
Le 18e est
marqué par l'utilisation de la poudre pour creuser les galeries. Là aussi, de
nombreuses questions restent sans réponse. Il en est de même pour la période
moderne. Comme on peut le constater, les chercheurs ont encore de belles années
de travail qui les attendent.
La journée de dimanche était marquée par
des visites de mine. Le matin, ce sont environ 50 personnes qui ont parcouru les
galeries de la Saint-Louis. L'après-midi, ce fut au tour des galeries de la
Gabe-Gottes de recevoir plus de 200 visiteurs. Un chiffre très approximatif, car
devant l'affluence, les responsables ont arrêté les comptages précis.