http://archives.dna.fr/cgi/idxlist_door?a=art&aaaammjj=200608&num=2140&m1=asepam&m2=&m3=
 
 
Toutes les archives

Massif de l'Altenberg / Archéologie

Les mineurs du Moyen-Age


Le carreau de la mine Patris pourrait révéler les vestiges d'une fonderie. (Photos DNA)

Avec un chantier de jeunes bénévoles, l'association spéléologique pour l'étude et la protection des anciennes mines (Asepam) entame des recherches sur l'époque médiévale dans le massif de l'Altenberg. Des travaux de longue haleine qui s'annoncent riches en enseignements.

 « Les chercheurs se sont d'abord focalisés sur l'époque qu'ils jugeaient la plus prospère. L'âge d'or des mines d'argent dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines est situé à la Renaissance. De multiples recherches ont été faites sur les 500 dernières années. Nous avons désormais une masse importante d'informations sur cette période. Mais l'exploitation de l'époque médiévale, c'est-à-dire grosso modo des 500 premières années n'a pas fait l'objet réellement de recherches. Nous nous sommes rendus compte que celle-ci pouvait aussi être très riche d'enseignement », indique Patrick Clerc, archéologue de l'Institut national de recherches archéologiques préventives.

«J'ai commencé à
fouiller les mines
à l'âge de 16 ans»

 Dès les années 80 pourtant, les premiers sondages permettent d'identifier des sites d'activités du Moyen-Age.« Comme dirait Pierre Fluck, c'est un peu comme si quelqu'un visitait une cathédrale avec une lampe de poche et qu'il éclairait seulement par endroit. Il se dirait : c'est énorme. Mais il n'aurait pas de certitude. C'est exactement la même chose avec ce qui s'est passé. A l'époque, les recherches n'ont pas été plus loin. Car il y avait d'autres priorités. »
 C'est pourquoi le chantier des jeunes bénévoles de l'association spéléologique pour l'étude et la protection des anciennes mines a décidé de mener un nouveau champ d'investigation sur cette période méconnue de l'histoire minière.
 Pour le coup, Pierre Fluck, professeur en archéologie industrielle à l'université de Haute-Alsace, revient à ses premières amours après dix ans d'absence sur les chantiers bénévoles. « J'ai commencé à fouiller les mines à l'âge de 16 ans. Je reviens avec un sujet d'études très intéressant. »
 L'universitaire sera d'ailleurs le responsable de ce programme de recherche scientifique qui devrait se dérouler sur cinq à six années. Avec l'espérance de trouver des indications précises sur le fonctionnement d'une mine au Moyen-Age. D'autant que, même en France, peu de recherches ont été effectuées sur l'époque médiévale. Les études principales ont été menées dans le massif de l'Oisan dans le Dauphiné et dans les Cévennes... Sur les hauteurs du massif de l'Altenberg, cinq sites de surface et trois à quatre mines ont été sélectionnés. Quelque 23 jeunes âgés de 18 à 25 ans s'initient à l'archéologie avec cinq encadrants.
 « Nous ne fouillons pas n'importe où. A partir de 1982, des sondages ont été effectués dans différents secteurs. Nous avons réussi à avoir des éléments datants grâce au carbone 14. Ceux-ci indiquaient une période du IXe et X siècle et du XIIIe et XIVe siècle », précise Patrick Clerc.
 Au carreau de la mine Patris du secteur Saint-Philippe justement, des archéologues amateurs grattent méticuleusement la terre dans un carré de deux mètres sur deux. Pendant qu'Isabelle Dechanez, du centre départemental d'archéologie du Bas-Rhin, réalise un croquis du site sur papier millimétré.

«Nous allons passer
au crible les plafonds et
les parois de la galerie»

 « Ce sont des terres qui n'ont pratiquement pas été cultivées. Il est très probable que nous tombions rapidement sur ce que nous cherchons. Le sondage devrait nous permettre de savoir s'il y avait une fonderie. Et dans l'affirmative de définir vers quelle époque, elle était en activité. Un faisceau d'indices nous permet de croire à cette hypothèse. Il y a la présence de nombreux scories. La prospection géophysique a aussi signalé des anomalies magnétiques avec une forte concentration de fer. » Non loin de là, sur une pente un peu plus haute, une autre équipe s'active pour descendre dans la mine.« La galerie médiévale a été ouverte en 1981. A l'époque, elle avait seulement été topographiée », se souvient l'un des membres de l'Asepam.
 Il s'agit ici de comprendre le fonctionnement de la mine et comment les mineurs ont travaillé. « Nous allons passer au crible les plafonds et les parois de la galerie. Voir quelles sont les types d'outils qui ont été utilisés, voir le front de taille et comment les ouvriers ont travaillé avec le feu pour ramollir les parois. »
 Sur le site Pfaffenloch, d'autres archéologues amateurs s'échinent à retrouver les restes d'une fonderie. « Les premières investigations ont été menées ici en 1984. Le sondage avait livré énormément de résidus et de scories liés à l'activité d'une fonderie », précise Pierre Fluck.
 La première phase de travail consistant à collecter des données sur le terrain prendra environ deux semaines. Ensuite, ces informations seront analysées en laboratoire et plusieurs études seront menées. C'est aussi là que l'« école sainte-marienne » rentrera en jeu. Car les techniques de recherches de l'Asepam ont largement dépassées les frontières du Val d'Argent. « Nous confrontons la réalité du terrain avec les documents écrits que nous essayons de retrouver. » Une démarche logique mais encore fallait-il y penser... Et surtout pourvoir mener à bien ces recherches documentaires. « Pour l'époque de la Renaissance, le travail nous avait été facilité car les archives des seigneurs de Ribeaupierre n'avaient pas été dispersées comme c'est souvent malheureusement le cas. »
 L'exemple du plan de la mine Saint-Louis-Eisenthür est notamment parlant.« Ce plan précis et annoté de 1560 a pu nous livrer des noms de certains lieux. Ce document avait été créé car deux exploitants se querellaient afin de savoir lequel des deux aurait le droit d'exploiter un filon. »
 Roger Zenner de l'Asepam explique aussi l'intérêt des recherches actuelles pour la mine Saint-Louis et le sentier du Neuenberg.
« Les connaissances enrichiront les commentaires des visites. »
 Par ailleurs, deux équipes de géophysicien menées par Nicolas Florsch, maître de conférence à l'université Paris 6 Jussieu, et Myriam Schmutz, professeur à l'université de Bordeaux, devraient faciliter le travail des archéologues.
 En calculant la résistivité des terrains, les scientifiques définissent une image du sous-sol. Avec ces paramètres, les archéologues peuvent mieux axer leurs recherches.
 Pour l'heure, les historiens n'ont que des suppositions.« Nous pensons que l'exploitation de ces mines aurait démarré avec l'aide des moines. Pour l'instant, nous ne savons pas si les ecclésiastiques creusaient où s'ils avaient transmis leur savoir à d'autres... » Les détectives de l'histoire enquêtent. Dans l'attente d'indices confondants, les hypothèses sont nombreuses. Reste à trouver les éléments permettant d'établir la vérité historique.

Vivien Montag

© Dernières Nouvelles D'alsace, Dimanche 06 Août 2006. - Tous droits de reproduction réservés